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La mécanique de la lecture

Pour entamer la partie du projet sur la lisibilité, nous avons commencé par nous documenter sur le phénomène de la lecture et sur les facteurs qui déterminent la lisibilité. Nos recherches nous ont amenés à la fois du côté des classiques de la typographie (notamment The Visible Word, 1968) et de celui des recherches en neuropsychologie (entre autres Les neurones de la lecture, 2007). Ces ouvrages nous permettent de voir les liens entre le mécanisme de la lecture et les développements de la typographie, en particulier les études qui ont permis d’établir des standards, de valider des principes déjà mis au point par les typographes au fil des siècles.

Grâce à ces ouvrages, nous avons appris que la lecture implique plusieurs niveaux d’analyse qui se déroulent en une fraction de seconde, parfois simultanément. Notre projet consiste ainsi à en « ralentir » le processus afin de mieux le comprendre. En termes de design, Gabrielle Lamontagne en est présentement à tenter des applications concrètes de certains mécanismes de lecture que nous avons isolés. Nous souhaitons explorer ces phénomènes et les traduire de façon graphique.

Parmi les exemples qui nous inspirent, il y a le concept de « fenêtre mobile », soit la façon dont l’œil se déplace sur la page, repère et reconnaît ce dont il a besoin pour anticiper le mot. Selon d’autres principes, le mot serait éclaté (en lettres, en paires de lettres, en syllabes) puis reformé avant d’être reconnu. Nous nous intéressons aussi à la question de la hiérarchie visuelle, soit la façon dont l’œil repère ce qu’il cherche dans un texte, ainsi qu’au modèle du pandémonium, lequel implique la compétition, au sein des réseaux de neurones, entre des lectures divergentes.

Bref, les étapes de la lecture définissent le cadre que l’on explorera. Nous planifions rencontrer un neuropsychologue qui pourra, à partir de cas cliniques, nous lancer sur d’autres pistes ou confirmer celles que nous avons suivies. Nous sommes aussi à la recherche d’un texte dont le contenu irait de pair avec les manipulations graphiques que nous envisageons.

Le Moon

Nous avions été séduits par cette forme d’écriture lors de notre visite de l’exposition Le braille, c’est normal! à la Bibliothèque et archives nationales du Québec (BAnQ). Nous avions alors eu l’impression que le Moon avait disparu, remplacé par le braille, lui aussi créé au milieu du XIXe siècle. Mais nous avons appris que le Moon est encore enseigné en Angleterre, pour des enfants qui ont des difficultés d’apprentissage ou pour des personnes qui ont perdu la vue plus tard, donc qui ont déjà une connaissance des formes des caractères alphabétiques. En effet, les signes du Moon, au lieu d’être, comme les caractères du braille, formés par une série de points surélevés, sont composés de lignes, de courbes et d’angles en relief représentant des formes simplifiées des 26 lettres de l’alphabet.

Cette méthode de lecture par le toucher ne s’est pas développée autant que le braille : peu de livres en Moon sont disponibles, aucun magasine n’existe et, contrairement au braille, aucun outil informatique n’a été élaboré à partir de cette méthode de lecture.