Archives mensuelles : septembre 2011

Spécimens de caractères

Pour notre projet de police modulaire, nous avons consulté des catalogues de spécimens de caractères en bois (Type specimen books) à la William Colgate Collection de la Bibliothèque des livres rares de McGill. Nous nous sommes attardés sur trois ouvrages de formats et de reliures différents.

Le magnifique livre en grand format (45 × 57 cm) de Rob Kelly, American Wood Type (1964), se présente en un boîtier contenant 97 feuilles non reliées, imprimées recto seulement. D’une remarquable qualité d’impression, il regroupe 150 types de spécimens du XIXe siècle de la collection du professeur Rob Kelly, le premier à avoir tenté une classification des caractères en bois. Nous y avons observé des linéales grotesques, dont nous nous inspirons pour créer nos caractères, ainsi que des nuances dans certains détails de lettres qui diffèrent d’une police à l’autre.

Le deuxième ouvrage que nous avons regardé est un catalogue de spécimens paru en 1846 (14,5 × 22 cm) de Lovell & Gibson, un des plus vieux imprimeurs au Canada encore actif à Montréal. Il comprend deux livres reliés imprimés d’un seul côté, l’un avec des caractères typographiques, l’autre avec des ornements, dans lequel nous avons vu des notes de musique modulaires en plomb. Le second recueil se distingue par des impressions en trois couleurs et des insertions de pages plus grandes.

Le volume de la Toronto Type Foundry Company (25,5 × 35,5 cm), datant de 1897, a retenu notre attention par sa mise en pages en deux colonnes, qui, en déterminant un nombre restreint de lettres, y déploie une véritable écriture à contraintes. Auparavant, les caractères en bois étaient principalement employés dans les affiches publicitaires et la une des journaux, car ils peuvent être plus gros que leurs homologues en plomb. Inspirés de ce contexte, les mots forment des associations d’idées ludiques, puisqu’ils n’ont pas été sélectionnés en fonction d’un texte continu, mais pour afficher la forme des lettres. Ce traitement du langage et de la signifiance, plus intuitif, constitue un filon que nous voulons explorer pour l’écriture de notre livre-partition.

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La matérialité du livre en collection

Nous avons visité la Bibliothèque des livres rares de l’Université McGill pour y observer la William Colgate Printing Collection, unique à Montréal en matière de design, de typographie et d’imprimerie. Nous y avons été reçus par Donald Hogan, spécialiste et passionné de la collection. Le fonds, nous a-t-il expliqué, est né en 1954 suite à un don de M. William George Colgate, qui s’intéressait au domaine du livre, plusieurs de ses amis pratiquant le métier d’imprimeur. À lui seul, le fonds William G. Colgate a fourni entre 5 et 10 % de la collection actuelle, qui se chiffre aujourd’hui à plus de 13 000 monographies.

La collection présente un classement exceptionnel : les livres y sont répertoriés par designers, imprimeurs ou relieurs, c’est-à-dire selon les aspects matériels de leur conception. Elle comprend des œuvres de designers ayant marqué l’histoire du livre, tels que William Morris, Charles Dwiggins et Eric Gill. On y retrouve également des livres de petites maisons d’édition (Small Presses) et des éditions d’art à caractère particulier (Private Presses). Celles-ci rejoignent notre démarche de création, puisque leurs concepteurs œuvrent à toutes les étapes de la production, du choix du texte à l’impression en passant par la composition typographique et la reliure. Nous avons pu parcourir des livres de la Doves Press et de la Golden Cockerel Press, ainsi qu’une série plus contemporaine de la Black Sparrow Press, aux magnifiques tranches colorées. Ces collections présentent plusieurs exemples de la prouesse technique de ces imprimeurs, notamment dans les ouvrages en couleur.

Dans le hall de la bibliothèque, nous avons assisté à l’exposition des livres primés par le concours Alcuin Society Awards for Excellence in Book Design in Canada.  Cette compétition est l’une des seules à tenir compte de tous les aspects du livre imprimé : la typographie, la mise en page, l’intégration des illustrations, la qualité de l’impression, le choix du papier et la reliure. Les ouvrages sélectionnés représentent annuellement le Canada au Concours international « Les plus beaux livres du monde » à Leipzig, en Allemagne. Sur les trente oeuvres envoyées à Leipzig par la Société Alcuin l’année précédente, deux ont été mises en nomination : This (and That was That) de Jason Dewinetz, publié par la GreenBoatHouse Press, et Dialogue de Judith Poirier, autopublié. Ces créations, alliant un design contemporain à des techniques d’impression typographique traditionnelles, étaient toutes deux des éditions à tirage limité.