Toucher des livres : rencontre à la librairie Formats

Après notre visite chez Gallimard, nous sommes allés rencontrer Jean Lalonde et Patrick Vézina à la librairie Formats. Cette nouvelle librairie spécialisée en arts actuels a ouvert tout récemment, sous l’impulsion du Regroupement des centres d’artistes autogérés du Québec. Pourquoi ouvrir une librairie à l’ère numérique? Quelles sont les spécificités des livres proposés ici, qui justifieraient un tel lieu? En nous promenant entre les rayons et les tables de présentation, nous avions d’emblée des éléments de réponse.

Cette librairie a développé une approche esthétique des livres, qui sont choisis selon la beauté du projet, en privilégiant souvent les petites éditions, les éditions à compte d’auteur, ou les livres hors collection, et en s’ouvrant à toutes les formes d’art contemporain. Par exemple, en littérature, leur choix se porte sur de petites maisons, comme Printed Matters ou La Peuplade, tant pour la qualité des textes que pour la beauté de l’objet, le travail de graphiste en tant que tel. On retrouve aussi beaucoup de livres sans couverture, suivant une tendance à mettre à jour un aspect brut de l’objet, à travers sa reliure ou ses pages non massicotées.

Leur démarche est de faire valoir le design comme une création artistique, et non juste une technique de production. Leur travail de libraire implique donc des exigences particulières, avec une sélection pointue et des voyages dans des foires du monde entier (New York, Tokyo, Bruxelles) pour ramener des perles rares.

L’originalité des livres exposés réclame un espace physique, qui permet la manipulation des oeuvres; peu de livres sont sous plastique, on peut facilement les feuilleter. Leurs spécificités graphiques apparaissent au regard, mais aussi au toucher, à l’odeur. Par exemple, dans Theatre, de Lubok, la matérialité de l’encre est très présente, on peut la sentir sous les doigts et même au nez. L’impact de la sérigraphie avec des encres fluo, métalliques, serait impossible à reproduire à l’écran.

Une problématique de classement se pose alors à eux, dans leur conception du livre : selon quelles catégories organiser tous les ouvrages présents? Pour l’instant les sections se définissent par discipline, ce qui pose problème, car les livres d’art, justement, traversent les frontières. La circulation dans l’espace de la librairie est donc à penser, en prenant en compte le lecteur et ses façons de se repérer.

Cette librairie est aussi un lieu dynamique qui vise à accueillir des lancements ou des journées d’étude pour faire vivre un milieu artistique d’étudiants, d’artistes, de professeurs et d’amateurs. Ils développent des partenariats avec le MAC, la SAT, l’École de design, et envisagent d’organiser quatre à six évènements spéciaux par année autour de quelques éditeurs.

Leur vision de l’avenir est assez confiante : les librairies doivent se spécialiser et se concentrer sur des niches, mais la cohabitation papier/numérique se met progressivement en place ; ce sont en effet les plus gros consommateurs de numérique qui sont aussi les plus gros consommateurs de papier.

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