L’imprimé québécois

En cherchant à définir les paramètres qui font du livre un objet de désir, nous avons interrogé divers passionnés de l’imprimé. Nous tentons de saisir l’importance des caractéristiques physiques des œuvres pour les « fous des livres ». C’est dans cette perspective que nous avons rencontré Gaëtan Dostie, fondateur de la Médiathèque littéraire. Sa collection est destinée à sauvegarder notre mémoire historique et culturelle en partageant avec le public des milliers d’œuvres artistiques et littéraires québécoises.

En visitant la médiathèque de quatre étages, nous nous sommes intéressés au classement des œuvres, qui se décline par époques. Chacune des pièces est dédiée à une période ou à un courant important de notre histoire littéraire. Le salon bleu est consacré à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle; une autre pièce, au manifeste du Refus Global (1948); et le hall, à la Nuit de la poésie de 1970. Outre les livres, on peut voir sur les murs des manuscrits, des photos d’écrivains, des peintures, des gravures ainsi que des affiches d’évènements artistiques et poétiques. Plusieurs « autels » célèbrent des poètes majeurs de notre littérature tels que Claude Gauvreau, Émile Nelligan et Paul-Marie Lapointe. L’intérêt de Gaëtan Dostie pour la fabrication du livre est également manifeste. On trouve dans le hall une reconstitution de la presse de Gutenberg datant de 1940, avec un montage en caractères de plomb du poème « Soir d’hiver » de Nelligan. À l’étage est exposé un atelier de reliure ainsi qu’une collection de fers à dorer, de caractères de plomb et de bois.

Gaëtan Dostie prend conscience très tôt de la fragilité du patrimoine littéraire québécois. Dès l’adolescence, il se donne pour mission de sauver nos livres et notre culture de la disparition. Il achète durant des années des ouvrages provenant de bibliothèques religieuses, de ventes de garage, de librairies de seconde main et d’encans. Il fréquente également beaucoup d’écrivains, dont Gaston Miron et Hubert Aquin, qui lui lègueront plusieurs livres et manuscrits. Cette quête dépassera le désir d’une collection personnelle. La vocation de la médiathèque est en effet de montrer et de faire circuler les œuvres, dont plusieurs sont des inédits. Le collectionneur rêve même d’un « médiabus » qui pourrait faire voyager les ouvrages, comme le faisaient autrefois les colporteurs.

Gaëtan Dostie entretient un rapport très sensible à ses livres, plus particulièrement à leur fabrication et à leur conception. Dans les ouvrages anciens tels que la Flore canadienne de l’abbé Provancher, il se passionne pour la prouesse technique des imprimeurs. L’iconographie occupe également une place importante dans son approche des œuvres. L’édition illustrée de La marche à l’amour de Miron chez Erta, ou encore L’Abécédaire de Roland Giguère illustré sur rouleau comptent parmi ses ouvrages favoris. Le collectionneur regrette que l’iconographie des œuvres disparaisse dans les rééditions, réduisant les originaux à des catalogues de textes. C’est pourquoi il s’est voué tout particulièrement à l’acquisition de la première édition de chaque ouvrage. Il rêve de réaliser une anthologie de l’imprimé québécois où seraient rassemblés le visage des auteurs, leur biographie, leurs manuscrits, leur signature et les imprimés originaux. Il faudrait selon lui numériser les livres anciens, en incluant les couvertures, pour observer le contexte du papier, de la typographie, de la reliure et de l’impression. Ainsi, la matérialité de l’édition originale pourrait devenir un legs accessible de notre culture, ajouter une autre dimension aux connaissances que nous possédons sur les œuvres.

L’imprimé de demain sera de moins en moins informatif, puisque la toile deviendra notre première source de renseignements, affirme Gaëtan Dostie. Le livre serait voué à devenir un objet de culture, vers lequel l’amateur d’art devra se tourner. Il faudra donc circonscrire les nouvelles manifestations du livre, une vision que l’équipe de La chose imprimée partage.

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